La lutte continue

Merci à Têtu de m’accorder une tribune dans son édition du mois de juin actuellement en kiosques.

La version du magazine étant plus courte pour des raisons de place, je vous laisse découvrir la version longue du texte ci-dessous:

 

La lutte continue !

Nous venons d’obtenir le mariage pour tous et l’adoption. En célébrant le vote du Parlement le soir dans le Marais, je me rendais compte que pour beaucoup d’entre nous, la réjouissance était limitée. Le sentiment que beaucoup avaient pouvait se traduire par : « enfin, ce n’est pas trop tôt ! ».

En effet, le contexte du passage de cette loi n’a rien de réjouissant. La France n’a rien fait de spectaculaire, mais a simplement rattrapé son retard sur ses voisins européens. De tous les pays qui ont légalisé le mariage entre couples de même sexe, aucun n’a vécu autant de mobilisations pour s’y opposer. Surtout, ces 6 derniers mois ont été l’occasion d’une accentuation de la parole et de la haine homophobe. Nous nous y attendions car nous nous souvenions de la réaction homophobe au vote du pacs. Mais qu’a fait le gouvernement pour s’y opposer ? Hollande a eu peur de la mobilisation des homophobes et n’a pas voulu aller trop loin, en pensant que la France n’était pas encore prête pour tout.

En parlant de liberté de conscience pour les maires qui ne voudront pas célébrer de mariage, en recevant Barjot à l’Elysée, en reculant sur la PMA, en ne condamnant pas systématiquement l’homophobie, celle-ci a été légitimée comme l’expression d’une opinion valable en démocratie. Les mots sur la guerre civile, sur le sang qui va couler, les banderoles disant que la France a besoin d’enfants et pas d’homosexuels : tout cela a pu avoir lieu, et les résultats ce sont nous qui les payons. C’est nous qui nous faisons agresser. C’est nous qui avons de nouveau peur de tenir la main de nos maris dans la rue, ou de croiser des manifestants homophobes. C’est nous qui allons devoir continuer à nous battre contre les maires et officiers municipaux qui refuseront de nous marier. Maintenant que la loi a été votée, la gauche doit être claire sur ce point : refuser l’égalité entre homosexuels et hétérosexuels, c’est de l’homophobie. Refuser le droit au mariage pour les homosexuels, à moins d’être contre le mariage tout court et pour tout le monde, c’est être homophobe. L’homophobie étant punie par la loi, les personnes qui luttent contre nos droits doivent donc être condamnées.

Les parlementaires de gauche ont crié « égalité ». Mais des lois homophobes et transphobes sont toujours là. Les gais sont toujours interdits de donner leur sang. Les lesbiennes ne peuvent toujours pas se faire inséminer, et malgré le déclassement de la transidentité des maladies mentales, les trans sont toujours psychiatrisés et subissent toujours les mêmes protocoles transphobes. Parmi ces parlementaires, combien sont ouvertement homosexuels ? Ils se comptent sur les doigts de la main.  Pourtant, je considère qu’ils ont le devoir de faire leur coming out. Quand la loi protège des discriminations, et qu’ils ont donc la possibilité d’être honnêtes sur leur identité, il est de la responsabilité des politiques de faire ce travail de visibilité. C’est un devoir envers l’ensemble de la communauté, à moins de considérer que nos destins ne soient pas liés et qu’on puisse bénéficier des acquis des luttes de nos aînés tout en crachant sur les sacrifices qu’ils ont fait pour nous. Dire que l’on est homosexuel, ce n’est pas révéler sa vie privée mais faire part de son identité, ce que font tous les hétérosexuels sans même se poser la question ou s’en rendre compte.

Je me présente aujourd’hui avec Europe Ecologie Les Verts pour les municipales à Paris. Je le fais pour défendre les droits des minorités que personne ou très peu veulent défendre. Je fais par exemple plusieurs propositions en faveur de la communauté LGBT. Je veux que la mairie de Paris travaille avec la préfecture afin d’assurer la protection des lieux de dragues et sexuels en plein air contre toute attaque homophobe, transphobe, sexiste et putophobe ; comme cela doit être le cas pour l’ensemble de la ville. Il faut que la ville soutienne le Refuge et l’ouverture de centres d’accueil pour les jeunes victimes d’homophobie et de transphobie. Un centre d’archives des mémoires LGBT doit être ouvert, comme cela avait été promis par le PS. La violence conjugale dans les couples de même sexe doit être reconnue, et les LGBT recevoir la même protection que les femmes battues par leur conjoint. Je souhaite qu’une introduction aux études féministes et sur le genre soit possible dans les écoles parisiennes. Je propose d’autoriser le défilé de la marche des fiertés sur les Champs Elysées et de participer chaque année à l’Existrans. En matière de lutte contre le sida, je souhaite continuer des campagnes ciblées et la mise à disposition de préservatifs dans les lieux festifs. Je propose de lancer une campagne de promotion du fémidon à 1 euro, de soutenir l’ouverture de salles de shoot pour les usagers de drogues, et de rebaptiser la place Jean Paul II, « place des morts du sida ». Je souhaite aussi réaliser la promesse non tenue de Delanoë d’accorder 500 logements sociaux aux séropositifs en situation de précarité.

La communauté homosexuelle et trans ne doit pas s’endormir en pensant que tout vient d’être acquis, que tout est gagné, et qu’il n’y a plus rien à faire. Tous les LGBT ne sont pas des blancs middle-class comme nous sommes souvent présentés dans les medias. Tout le monde n’a pas le pouvoir économique d’acheter la tolérance des hétérosexuels. Que fait la république pour les homosexuels et les trans qui sont mal logés ou malades ? Que fait-elle contre l’homophobie et la transphobie en prison ?  Que fait elle pour ceux et celles qui travaillent au bois de Boulogne et à la porte Dauphine ? Nous sommes une des minorités qui a le mieux résisté à la droite et qui parvient à gagner des droits sous la gauche. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Le racisme et l’islamophobie se normalisent toujours plus. Les sans papiers sont même davantage expulsés que sous la droite. Les Roms sont toujours malmenés. La légalisation du cannabis et le droit de vote des étrangers passent à la trappe. Les travailleurs du sexe continuent d’être criminalisés et bientôt peut être leurs clients aussi.

J’ai exercé le travail sexuel pendant 10 ans sans jamais le cacher. J’ai travaillé dans la rue, en tant qu’escorte et acteur porno. Je n’ai jamais caché le fait d’être usager de drogues ou homosexuel. Je pense donc que ma candidature a du sens pour toutes les minorités qui ne sont pas considérées comme étant un sujet sérieux, dont la parole est constamment invalidée, parce que nous sommes traités comme des criminels, des marginaux, des inadaptés sociaux, des aliénés, des malades mentaux et j’en passe. Il y a toujours une bonne raison pour réduire l’autre au silence. La démocratie signifie le pouvoir au peuple et nous faisons partie de ce peuple dont la voix est toujours tue. Quelque soit le résultat que je ferai au sein d’EELV ou par la suite des municipales, je veux que cette voix soit entendue, quitte à gueuler s’il le faut. Il y a eu quelques travailleuses du sexe avant moi en politique, mais dans le contexte actuel de projet d’abolition et de pénalisation des clients, cette voix doit être entendue plus que jamais. Même si je perds, j’espère donner courage et confiance aux personnes après moi qui tenteront de faire entendre une voix minoritaire et opprimée. L’universalisme républicain abstrait qui continue de discriminer en faisant comme si tout le monde était égal dans les faits, y’en a marre.

Après l’élection de Sarkozy en 2007 et quand la droite nous interpellait en disant que « la France on l’aime ou on la quitte », j’ai fait le choix de quitter une France que je considérais raciste et que je n’aimais pas. J’ai vécu 5 ans à Londres, dans un pays libéral où la solidarité collective à la française est moins forte sur les questions sociales comme les retraites ou les services publics. Aucun pays n’est parfait. Mais je savais qu’il était impossible là bas de tenir ouvertement des propos racistes, d’être condamné pour cela et d’être maintenu au gouvernement. La France a encore beaucoup de progrès à faire dans la lutte contre les discriminations et pour la visibilité des minorités que ce soit dans les médias, le monde universitaire ou en politique. L’action affirmative ne doit plus être taboue en France et ne doit plus être appelée « discrimination positive ». Autrement nous ne sommes pas prêts d’avoir un jour une présidente noire, lesbienne ou musulmane.

La communauté homosexuelle et trans doit veiller à ne pas être instrumentalisée par les racistes et les islamophobes. Nous l’avons vu lors des débats sur le mariage pour tous : les musulmans ne sont pas plus homophobes que les catholiques ou les athées. Les parlementaires de culture musulmane ont dans leur majorité voté en faveur du mariage pour tous. L’islam concerne plus d’un milliard de personnes sur la Terre et comparer les musulmans à tel ou tel groupe terroriste, c’est comme comparer l’ensemble des chrétiens au Ku Klux Klan. Depuis le 11 septembre 2001, le contexte international de guerre contre le terrorisme a accentué cet amalgame et l’islamophobie. En France, ce thème a été porté par l’extrême droite et normalisé par la droite à des fins purement électoralistes. L’homophobie existe partout en France, et pas seulement en banlieue. Nous devons la combattre partout, en nous alliant avec les autres minorités et ne pas tomber dans le piège des boucs émissaires présentés par les droites extrêmes. La France ne doit pas connaître les mêmes dérives qu’ont connues la Hollande ou l’Autriche où une partie des gays se sont tournés vers l’extrême droite, et pire, allant jusqu’à la représenter.

Mon premier acte politique a été de dire « je suis PD »… j’avais 15 ans. J’en ai subi les conséquences, mais j’en ai acquis le respect des autres. Depuis, j’ai appris l’activisme avec Act Up, écrit « Fières d’être Putes », vécu à Londres où j’étais secrétaire du réseau des syndicalistes LGBT. Ma communauté est ma famille et je me battrais toujours pour elle.

One thought on “La lutte continue

  1. […] Un centre d’archives des mémoires LGBT doit être ouvert, comme cela avait été promis par le PS […]
    =====>
    http://www.archiveshomo.info/academie/pressbook/archives_lgbt_en_france.pdf
    :::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::
    Phan Bigotte, président de l’Académie Gay et Lesbienne rappelle que depuis plus de douze ans, avec leurs seuls moyens personnels, les bénévoles de notre association ont acquis, collecté et recueilli plusieurs dizaines de milliers (environ 200 mètres cube) de documents LGBT et/ou sur les LGBT, le genre, le sexe, la sexualité et le sida…
    Notre Conservatoire des Archives et des Mémoires LGBT a besoin seulement d’un grand local pour pouvoir mettre rapidement et gratuitement toutes nos archives, dont plusieurs fonds historiques qui ont été sauvegardés, à la disposition du public !
    =====> =====>
    En occultant notre fonds d’archives qui est le plus grand rassemblement de documents sur les LGBTQI en France par son volume et sa diversité, Louis-Georges Tin (avec ses multiples associations) tente encore et toujours (en vain depuis 2009) d’obtenir 750.000 euros par an, d’aides publiques entre autres (Ministère de la Cuture, Ministère de l’Enseignement supérieur, Région IdF, Mairie de Paris…). Pour lui permettre de ressusciter sous un nouveau nom « Institut Arc en Ciel » alias « Centre d’archives et de documentation sur les questions LGBT » ou « Centre scientifique et culturel consacré à la question LGBT » (selon les différentes destinataires de ses demandes de subventions publiques) le très cher projet mort-né de grand Centre d’Archives et de Documentation Homosexuelles de Paris.
    http://www.leparisien.fr/paris/ou-est-passe-le-centre-d-archives-homosexuelles-06-04-2006-2006880995.php
    Ce CADHP (jamais ouvert au public) a dépensé les 100.000 euros de subventions de la Mairie de Paris en 2002, pour fournir (comme seul résultat) un rapport de Préfiguration de 80 pages enchaînant des généralités, erreurs et contradictions… :
    http://www.archiveshomo.info/academie/com/subvcadhp.htm
    :::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::

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